Discussions La mixité sociale des classes : un must ?

Démarré par Bernard Delvaux, dans Groupe tout autre école il y a 6 mois

Lors de l'atelier "Sortir l'école du marché éducatif" du 20 novembre, la question de la mixité a été posée. De l'aveu de Jean-Pierre Kerckofs, il n'avait jamaios entendu quelqi'un de gauche défendre l'idée qe les milieux popilaires n'avaient pas nécessairement intérêt à etres scolarisés dans des classes mixtes. Or, quelqu'un de gauche, Pierre Marisqsal, défendait ce point de vue. Vous trouverz ci-dessous la synthèse de ce débat. Et vous, quelle est votre opinion ?

Les arguments échangés tournent autour de deux questions : la mixité est-elle nécessairement vecteur d’émancipation (pour les classes populaires notamment) ? Et est-elle nécessairement porteuse de meilleures performances pour les plus défavorisés ?

Mixité et émancipation

Des raisons de douter que la mixité des écoles soit vectrice d’émancipation :

  • L’école doit être un lieu où les milieux populaires doivent pouvoir reconstruire un rapport de forces et une dignité. Il faut reconstruire un rapport de force favorable aux classes populaires. Il a disparu parce qu’ont disparu les grandes concentrations industrielles, parce que l’Etat providence a fait baisser la garde et parce que les organisations de défenses des travailleurs ont progressivement été gérées par des cadres qui n’éprouvaient plus vraiment le besoin de maintenir la pression (ceux qui gagnent plus du double des victimes de l’école n’ont pas vraiment intérêt à changer l’école dans le sens de plus d’égalité). Or, toutes les avancées sociales passées ont été le fruit d’un rapport de forces. Il fait donc construire ce rapport en faisant des alliances avec les classes moyennes en déshérence. Il faut que les dominants perçoivent la menace d’une révolte.
  • Or, pour construire un tel rapport de force, la concentration d’enfants d’origine populaire dans des écoles, à l’instar des concentrations ouvrières favorisées par les grosses industries, est sans douteplus pertinente que leur dissémination dans desécoles mixtes.
  • A noter aussi que l’hétérogénéité existe même dans des écoles « poubelles ». Il est faux de dire que les élèves des écoles populaires ne fréquentent que des semblables. Ils doivent donc là aussi apprendre à vivre avec d’autres différents d’eux-mêmes.
  • On vraiment aimerait savoir quelles études, avec quelles méthodologies, permettent d’oser d’affirmer qu’en termes de cohésion sociale, tous les élèves sans exception gagnent à la mixité.
  • On ne pose jamais la question de la construction des identités dans un cadre prétendument universaliste (mais en réalité imposé comme tel par ceux/celles à qui il permet de reproduire leurs positions avantageuses). On ne prend pas en compte la fragmentation de la société en intérêts contradictoires (peut-être irréductibles), ni de l’urgence à repenser la construction des identités collectives ‘populaires’ (fières, dignes et opposant ‘leur’ universalisme à l’universalisme de ceux qui les dominent).
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Mais qu’est-ce qui garantit que des écoles et classes non mixtes soient d’office plus émancipatrices que les écoles et classes mixtes pour les familles populaires ?

  • Une variable intermédiaire entre composition des classes et apprentissage est la variable des pratiques enseignantes, et ce qu’il s’agisse d’écoles mixtes ou non mixtes. Autrement dit, des classes non mixtes peuvent se révéler désastreuses pour les enfants de milieu populaire comme peuvent être émancipatrices des classes mixtes.
  • Les représentations, finalités et compétences des enseignants sont en effet capitales tant dans le scénario d’écoles mixtes que dans celui d’écoles populaires. Il ne suffit donc pas de mettre les enfants de familles populaires dans des classes homogènes. D’ailleurs, aujourd’hui, la majorité des écoles concentrant les enfants de milieu populaire sont souvent davantage des écoles de relégation que d’émancipation.
  • Peut-être serait-il plus facile de constituer des équipes locales d’enseignants porteuses d’un projet émancipateur en ciblant les écoles populaires qu’en voulant de telles équipes dans toutes les écoles mixtes, mais la constitution d’équipes enseignantes homogènes et stables n’est pas évidente en raison des contraintes des statuts enseignants. De plus, il faut prendre en compte la pression contraignante des programmes, référentiels, évaluation et autres instruments de surveillance restreignant la marge de liberté de ces équipes. Pas sûr dès lors qu’il soit si aisé de combiner classes non mixtes et émancipation.
  • De surcroît, laconscience de classe est peu présente chez les enseignants.

Quelques autres considérations :

  • Profiter de l’énergie et de l’ouverture des enfants, de leur capacité à voir les choses différemment pour leur faire expérimenter positivement un contexte mixte. Former des graines de médiateurs.
  • Un gamin de 10ans : « « dans l’absolu, pas de problème à être pauvre, mais dans cette société, c’est un problème ».

 

Mixité et « performances »

Sur ce point des effets de la mixité sur les performances scolaires telles que mesurées par des tests externes comme PISA ou par des épreuves certificatives externes, les arguments suivants ont été échangés.

  • Des écoles non mixtes fréquentées par des enfants de milieu populaire peuvent devenir des écoles populaires d’excellence.
  • Quand on compare les systèmes éducatifs, on observe une forte corrélation entre la durée du tronc commun ou le degré de liberté de choix d’école, d’une part, et les mesure d’inégalités de résultats, d’autre part.
  • Mais corrélation ne signifie pas relation de cause àeffet. La moindre inégalité de résultats observée dans les pays moins « libéraux » peut être due à d’autres facteurs qu’à la mixité.
  • Il va de soi qu'une corrélation ne prouve pas une relation de cause à effet dans un sens donné (c'est le ba ba des statistiques). Mais il reste qu'elle doit alors être expliquée autrement. Et dans ce cas, ça me semble quand même difficile. Dire que les systèmes éducatifs des pays sont tellement différents que toute comparaison semble impossible ne parait pas convaincant.
  • Un système moins ségrégatif ne tombe pas du ciel : il a lui-même un ensemble de causes en principe identifiables. Et il est logiquement raisonnable d’envisager l’hypothèse que ces mêmes causes ont des incidences bien plus larges que la seule mixité, qu’elles conduisent entre autres à un ensemble de pratiques spécifiques (‘reflétant’ et/ou reproduisantle cadre moins inégalitaire, et ayant donc un caractère ‘convergent’ avec la mixité), dans le champ éducatif ou pas, qui peuvent ‘expliquer’ les résultats attribués à la mixité (éventuellement en interaction avec cette dernière – et peut-être en conditionnant son efficacité -, ou pas).

Autres propos

  • En tous cas, on ne peut justifier la mixité uniquement au nom de mesures de performances se référant à certains critères (et en délaissant d’autres). Autrement dit, les analyses des liens ente mixité et apprentissage ne peuvent être effectuées en référence aux seuls tests de type PISA ou consorts.
  • A noter qu’on a tendance souvent à ne justifier (ou non)la mixité qu’en mesurant si les classes populaires (ou les élèves les plus faibles) en tirent bénéfice. Sous-entendu : la mixité est au pire maléfique, au mieux neutre et quasi jamais positive pour les milieux favorisés. Ne devrait-on pas aussi souligner les effets potentiellement positifs de la mixité sur les catégories sociales favorisées, en mettant en avant d’autres types de critères.

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Bonjour à tous Je suis assez d'accord avec cette position sur la mixité, car d'un coté la mixité ne se décrète pas!! On ne se mélange pas parce que on m’oblige par décret, l'ouverture est un mode de vie. Normalement les enfants sont ouverts à tout, mais nous les adultes enseignants quel regard nous portons sur ce type de population? (le "ils ne sont pas comme nous est une vérité dans le milieu des enseignants" ) Parce que le problème n'est pas là, parce que les écoles de l'immigration pouvaient ne pas être des écoles poubelles si...... (à remplir ....) et voilà que le débat commence ici. N'oublions pas que, une école est l'état de nos relations rendues visibles! - pourquoi elles sont des écoles poubelles? Parce que les enfants de l'immigration ne savent apprendre? parce que les parents sont ignorants? - pourquoi on pense que les enfants pauvres doivent aller rejoindre autre type d'école? plus perforante? - et laquelle est la bonne école? Je suis contente qu'on parle de la mixité ! Belle journée, Olga Lucía
il y a 6 mois

Je suis un peu surpris de voir contestée l'idée de la mixité sociale dans les écoles ... La remarque concernant la revalorisation des classes populaires et leur culture est tout à fait pertinente mais enfin, globalement, que ce soit pour des idéaux humanistes ou pour des soucis de performances scolaires je ne comprends pas trop comment on peut remettre en question les bienfaits de la mixité.

Pourquoi les écoles de l'immigration devienne des écoles poubelles ? Pour tout un tas de facteurs sociaux mis en évidence depuis Bourdieu (1964 ?) ... Et repris dans plusieurs études récentes dont voici une synthèse : www.slate.fr/story/92499/reussite-ecole-eleves-inegalites. Ce sont plein de petites choses qui font que l'on apprend mieux ou non et l'école ne pourra jamais tout régler mais elle peut au moins faire en sorte de limiter les inégalités d'apprentissage.

Ca ne se décrète pas ? C'est faux ! Pourquoi pensez-vous que la ségrégation est plus faible dans certains pays ? Parce que les gens y sont "plus gentils", plus humanistes que chez nous ? Je ne le crois vraiment pas ... Il suffit de prendre le cas de la Suède, qui est passée d'un fonctionnement "carte scolaire" à un "chèque scolaire" et où, maintenant, les ségrégations et inégalités explosent. Ce n'est peut-être pas le seul facteur mais ça montre bien que les politiques éducatives jouent bien évidemment en faveur ou non de la mixité. Après je suis d'accord pour dire qu'il ne suffit pas de décréter. La mixité sociale c'est quelque chose qui s'apprend tout au long de la vie mais, pour ça, il faudrait peut-être commencer par le faire à l'école ... 

Selon moi, ce type de ségrégation va à l’encontre du droit international puisqu’elle s’oppose, en partie au moins, à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948) dans laquelle est écrit que l’éducation doit viser l’épanouissement humain et « la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux ». Comment construire ces notions de respect et d’entente entre les peuples si nos systèmes éducatifs, berceaux de nos apprentissages, ne nous permettent même pas d’échanger avec des « autres », différents de nous ? Même en restant dans un contexte national, en Belgique francophone, le décret missions de 1997, qui définit les missions prioritaires de l’école, fixe dans ses objectifs prioritaires le fait de « préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d'une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures ». Comment construire cette société pluraliste et ouverte aux autres quand les élèves de ce système sont amenés de manière trop systématique à ne côtoyer que des élèves qui leur ressemblent ? 

Cette rencontre de l'autre peut se décréter selon moi. Mais il ne suffit pas de créer l'opportunité pour que ce soit une réussite, il y a d'autres terrains sur lesquels travailler. Que je ne connais pas encore pour l'instant ...

il y a 6 mois

Merci Bernard pour ce point sur la mixité sociale dans les écoles. Les échanges qui s'ensuivent me rappellent de vieux souvenirs: quand dans les années 70, la mixité (sexuée) s'est généralisée suite à l'imposition du Rénové d'abord dans l'enseignement officiel, nous étions quelques féministes à émettre des critiques à l'égard de cette mesure prise sans qu'aucune réflexion sur la pédagogie de cette forme d'enseignement n'ait été menée et sans qu'une réflexion n'ait été intégrée dans la formation initiale et continuée des enseignant-e-s. On nous reprocha alors de remettre en question les bienfaits de la mixité que d'ailleurs nous reconnaissions et qui étaient réels puisque désormais toutes les formes d'éducation étaient désormais accessibles aux filles comme aux garçons) alors que simplement nous pointions du doigt les effets pervers potentiels d'une mesure prise sans réflexion ni consultation (il était tout simplement devenu «évident» que la mixité des sexes était le meilleur instrument d'émancipation): recomposition de la hiérarchie sexuée via des mécanismes de traitement différencié (inconscient) sur base du sexe présents dans les familles, les institutions scolaires et les attitudes, comportements, jugements et évaluations des enseignant-e-s sans oublier l'ensemble du matériel scolaire (manuels et autres ressources) dont le sexisme n'était même pas perçu. En dépit de différences, mixité sociale et mixité sexuée ont en commun d'être des sortes d'«idéal» non interrogé auquel on attribue, au seul vu de corrélations, quantité de bienfaits ou méfaits qui n'ont pas été démontrés (la richesse de la pluralité des cultures; l'échec scolaire des garçons, ect.). Plutôt que de débattre des avantages et désavantages de ces systèmes respectifs, il me semble plus important de mettre sur pied des apprentissages qui tiennent compte des conditions inégales dans lesquelles se trouvent les élèves face à une école non pensée pour elles et eux et qui tentent d'y remédier en remettant en cause les normes scolaires (les point de vue euro- et androcentriques), en développant chez les acteurs du système scolaire la conscience de leur propre position dans les rapports de classe, de race et de sexe de manière à combattre efficacement les traitements discriminants. 

il y a 6 mois

Je ne me sens pas très compétent sur ce sujet, mais il me vient que ce serait bien de le traiter plus à partir d'exemples concrets. Par ex., dans le film Demain, dans la partie consacrée à l'enseignement, il est question du système finlandais avec l'exemple de l'émancipation des enfants de migrants. Et Maria Montessori, promotrice d'une "école différente", a commencé à appliquer ses idées dans les milieux populaires à Rome, avec les enfants des rues notamment. Au Brésil, pays où les clivages sociaux sont énormes, il y a aussi des expériences du genre, notamment sous l'impulsion de Paolo Freire, j'ai entendu parler d'émancipation réussie des enfants des rues avec des approches aussi différentes que la capoeira ou la biodanza. Par contre, en Belgique francophone, la seule chose dont j'ai entendu parler, c'est le bien que cela fait aux enfants de toutes conditions sociales d'être en contact avec la nature, ne fut-ce qu'en faisant pousser des plantes, en participant à la mise en oeuvre (avec le sens premier du mot "oeuvre"!) d'un petit jardin potager dans la cour de l'école, ce qui est bien, mais encore limité...

il y a 6 mois

Merci à Renaud de nous transcrire ici l'extrait du décret-missions de 1997(retranscription rigoureusement textuelle?):

<<...préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d'une société démocratique,solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures.>>

Intention on ne peut plus louable, sauf que... ceci sous-entend que, en Belgique francophone, il existait en 1997 UNE culture, ce qui est évidemment une grossière, dangereuse, monstrueuse erreur et induit la notion de "nous et les autres", à la base du racisme, de la xénophobie et de l'esclavagisme, et prétexte aux inégalités, à l'exploitation et à l'oppression; le "nous" étant probablement ceux/celles qui ont écrit cette phrase et s'imaginaient sans doute être la quintessence de la "culture" belge francophone.

Rien ne changera tant que la majorité des êtres humains n'intégreront pas que,d'une part, nous nous ressemblons tous et que, d'autre part, chacun-e ne ressemble à personne. 

Tout autre chose aurait été d'écrire <<...ouverte à toutes les cultures.>>, bien que la phrase aurait alors pu se terminer après <<pluraliste.>>

 

 

 

il y a 6 mois

Bonjour,

Le sujet me semble intéressant à investiguer. A ce propos, connaissez-vous le travail d'Emmanuelle Lenel sur ce sujet ? il est consultable en suivant ce lien www.brusselsstudies.be/medias/publications/FR_127_BruS40FR.pdf

Connaissez-vous d'autres travaux de recherche de ce type ?

Delphine Huybrecht

il y a 5 mois

Dans le cadre essentiel de la sauvegarde de notre biotope(la Terre) pour laquelle de nombreuses entités politiques(nations, fédérations-dont la Belgique)se sont solennellement engagées lors de la Cop21, l'idéal serait que chaque enfant trouve une école(dispensatrice du tronc commun d'enseignement obligatoire) à moins d'une demi-heure à pied de son domicile. Dans cette perspective, la question de la mixité doit se poser impérativement au niveau de l'occupation des logements de chaque zone d'habitation, urbaine ou rurale, logements qui doivent être accessibles à tous les types de revenus. 

La mixité à l'école n'aura de sens que si elle s'accompagne de la mixité sur le chemin de l'école.

 

 

il y a 5 mois

D'accord avec toi Michelle, la question de la mixité scolaire ne peut pas se poser sans faire intervenir la mixité urbaine ;-)

Et sinon, pour répondre un peu tard à la question qui m'était posée, oui la citation du décret missions était rigoureuse. La preuve ici : www.gallilex.cfwb.be/document/pdf/21557_019.pdf (article 6, point n°3). J'ai pas trop compris ta discussion sur la/les cultures par contre ...

Et Delphine je ne connaissais pas ce papier mais merci pour la référence j'ai téléchargé je vais lire ça ... Sur la question de la mixité scolaire des travaux de chercheurs y en a plétores et mes préférés sont de Demeuse, Lafontaine, Felouzis, Duru-Bellat et bien sûr Delvaux ^^ C'est pas les seuls mais j'ai lu plein de choses intéressantes chez eux dans le domaine. Mnt peu de travaux que j'ai lu se centrent uniquement sur deux cas belges pour tirer des conclusions ...

il y a 5 mois
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